le Sangria pour Voile Magazine
le Sangria a fait l’objet d’un reportage dans le numéro 78 du mois de juin 2002 de « Voile Magazine ».
L’article (textes et photos) long de 7 pages, est signé Bernard Rubinstein. Avec l’aimable autorisation de l’auteur et du propriétaire, il est reproduit ici.

corde

Le Sangria a marqué l’histoire du chantier Jeanneau et de toute la plaisance. Premier croiseur à succès du constructeur vendéen avec plus de 2.000 bateaux vendus, il reste encore aujourd’hui un voilier mythique dont la cote est toujours élevée.  Bernard Rubinstein.

le Sangria est à classer dans la catégorie des croiseurs au comportement très sain.

Lorsque le Sangria naît en 1970, la plaisance est à un tournant.  Elle quitte le contreplaqué pour s’engager dans une nouvelle voie : l’ère des matières plastiques. A la même époque, chez Jeanneau,la gamme voile en est encore à ses balbutiements avec deux voiliers, l’Alizé sorti en 1964 et le Storm en 1967. Mais elle va connaître, avec l’arrivée du Sangria, un formidable bond en avant. Ce n’est pas tout à fait par hasard si le constructeur vendéen a fait appel à Philippe Harlé pour dessiner ce croiseur à tout faire de 7,60 m. A l’aube de la quarantaine, Philippe a déjà dessiné l’Armagnac qui a remporté la première Half Ton Cup, le Cognac et, bien évidemment, le Muscadet. Tous sont construits en contreplaqué. Mais tous incarnent une certaine image du bateau de croisière. Ils sont marins avant tout, bons marcheurs et truffés de bonnes idées mises à profit pour faciliter aussi bien la vie en mer que les séjours au port.
Il est bien évident que cette approche du bateau de croisière à la mode «Harlé» et sa mise en forme par le chantier Jeanneau sont à l’origine du succès du Sangria. Et quel succès! Un chiffre record d’unités construites 2156 très exactement. Une longévité sans précédent avec une production débutée en 1970 et achevée en 1983. Avec Pen’ Hoat, né en 1976 et dont la vente a été programmée pour la fin de l’été par son propriétaire Jean‑Claude Larousse, le Sangria ne pouvait trouver plus digne représentant. Tout frais sorti d’un hivernage au sec en baie de l’Aiguillon, Pen’ Hoat ne fait pas son âge malgré ses 26 printemps. Bien sûr, en posant le pied dans le cockpit coupé en deux par la barre d’écoute, on remarque que ce dernier est bien petit. Nous en aurons la confirmation sous voiles. En revanche, une fois franchi la descente, on est non seulement frappé par le volume intérieur mais aussi par l’importance accordée aux rangements de toutes natures. Cependant, avant de suivre Jean‑Claude dans son rôle de guide ‑ il connaît son bateau dans les moindres recoins‑il est important de rappeler que pour l’époque, sa conception est en avance sur son temps. Pour la première fois, l’architecte Philippe Harlé propose entre le carré et la cabine avant un cabinet de toilette isolé par une porte. Pour la table à cartes, Philippe a repris une idée déjà mise en pratique sur le Cognac. Celle-ci peut se déplacer au‑dessus de la couchette bâbord et se ranger au repos sous le cockpit.

Un petit bar sous le dossier

On peut également s’étonner, sur le pont, de ce petit rouf très court. Sa présence s’explique par le fait qu’il permet de disposer, pour un bateau de 7,60 m, d’une bonne hauteur sous barrots 1,76 m à l’entrée du carré au niveau du capot coulissant, et encore 1,67 m sur l’avant du carré. C’est par la cuisine que débute notre visite, prétexte pour Jean-Claude à nous dévoiler la pompe électrique qu’il a montée pour l’eau douce dans le petit placard situé sous l’évier. Il peut même, en jouant sur des vannes, utiliser le même bec verseur pour l’eau douce et l’eau de mer. Autre bonne idée mais cette fois d’origine, le bac en polyester situé sous le réchaud deux feux. En cas de débordement ou de brutal coup de gîte, le liquide tombe dans ce bac étanche très facile à nettoyer. C’est bien vu, tout comme ce petit bar que Jean‑Claude nous fait découvrir en enlevant un coussin fixé par pressions sur la porte d’un équiper du dossier.  Il suffit d’ouvrir sa porte pour trouver à portée de main les verres et les bouteilles qui vont avec.

Parfait pour quatre

Pour le consistant, le Sangria offre des équipets dont le nombre et la capacité devraient faire réfléchir les constructeurs de nos voiliers modernes. On ne se nourrissait pourtant pas plus dans les années soixante qu’aujourd’hui. Mais on accordait au rangement plus d’attention. C’est ainsi qu’en soulevant le matelas de la couchette bâbord, on a la bonne surprise de trouver sur l’arrière une grande glacière contremoulée. Par ailleurs, sur tribord, toute la zone située derrière le dossier est fort bien compartimentée avec notamment un très grand casier sur l’avant. De l’autre bord, on trouve le même type de casiers mais ils sont plutôt réservés au petit équipement et au matériel de navigation que Jean-Claude range également contre la cloison près du tableau électrique, complètement refait l’hiver dernier au même titre que toute l’installation.  En revanche, ce qui est d’origine et toujours en bon état, ce sont les deux tables, toutes deux amovibles. Nous avons déjà évoqué le dispositif adopté pour la table à cartes. Ajoutons à son sujet qu’une fois sortie de son logement, on y travaille debout tourné vers le bordé et qu’elle est équipée sous son plateau d’une ouverture pour y ranger les cartes. L’autre table est bien évidemment celle dévolue aux repas. Avec ses pieds pliants en aluminium, elle tient de la table de camping.  Aujourd’hui, on trouverait cela un peu « cheap ».

Un soupçon d’intimité

l’époque, la formule n’appelait pas vraiment de commentaires, d’autant qu’elle permettait, et permet toujours, d’utiliser cette même table dans le cockpit. Une fois pliée, celle‑ci se range contre la cloison, face aux WC. Ces derniers, par leur taille, même complétés par des étagères, peuvent faire sourire. Lors du lancement du Sangria, il s’agissait pourtant bien d’une petite révolution. Enfin, c’est par la cabine avant que nous avons achevé cette visite du Sangria. Elle est la seule à offrir une couchette double aux dimensions généreuses : 2 m de longueur, 1,86 m de largeur à la tête.  Elle est aussi la seule à offrir un soupçon d’intimité dans la mesure où elle peut être isolée du carré en utilisant la porte des WC.

C’est-à-dire qu’au nombre de couchettes – quatre au total, une double sur l’avant et deux simples dans le carré. Le Sangria est parfait pour naviguer à quatre. Mais pas plus, au risque de se trouver confronté à une crise de logement, principalement dans le cockpit. Il est réduit le cockpit du Sangria. Mais avec sa coque affublée d’un petit tableau, comment pourrait‑il en être autrement ? A contrario, on est tenté de dire que là encore, à l’image du carré, on attachait du crédit au rangement. En d’autres termes, comprenez que le cockpit propose trois coffres dont le système de fermeture est loin de rivaliser avec ce que l’on trouve sur les bateaux récents.  Ainsi, le coffre sur l’arrière du cockpit, utilisé pour le rangement des défenses, est pourvu d’un simple couvercle équipé d’un bout en guise de fermeture. Sur l’avant tribord, autre coffre équipé cette fois d’un système de fermeture à charnières. Il est très grand et utilisé par Jean‑Claude pour y ranger les béquilles, l’annexe et les voiles. Enfin, on dispose sur bâbord d’un coffre plus petit pour stocker les bouts. Le moment est d’ailleurs venu de l’ouvrir pour y ranger les aussières qui vont libérer Pen-Hoat de son ponton. C’est au moteur que nous le quittons, façon de vérifier qu’il démarre au quart de tour et de renouer avec les deux leviers de commande, l’un pour les gaz, l’autre pour l’inverseur. L’obligation d’envoyer la grand-voile depuis le pied de mât et non pas depuis le cockpit sera l’occasion de vérifier que les passavants sont étroits et surtout que les cadènes principalement celle du bas‑hauban arrière, gênent notablement les déplacements.  Dérouler le génois sera aussi prétexte à retrouver un principe d’enrouleur aujourd’hui révolu. Pen’ Hoat est équipé d’un Leifurl dont la poulie crantée, solidaire du profil, se manœuvre à l’aide d’un bout continu.  C’est moins pratique que le simple bout de commande d’un tambour mais ça marche.

Des conditions idéales

Sous voiles, les conditions sont désormais quasi idéales: un bon 15 nœuds de vent.  Juste ce qu’il faut pour encore naviguer avec le génois complètement déroulé. Comme cela se faisait dans les années soixante‑dix, sa sur­face est très grande (19 m2 contre 12,50 pour la GV) et son rôle prédominant. Son recouvrement sur la grand‑voile est lui aussi important et c’est en priorité par la voile d’avant que l’on réduira la toile. Cela dit, à condition de ne pas le surcharger de toile, le Sangria est à classer dans la catégorie des croiseurs au comportement très sain. Son safran précédé d’un aileron n’est pas profond mais sa surface, assez grande, permet à tous ceux qui font leurs premières armes de ne pas être dépaysé par une barre trop neutre. Et, si par petit temps, la carène du Sangria est pénalisée par sa surface mouillée, dans la brise on est assuré de faire de bonnes moyennes tout en profitant d’un bateau aux qualités marines reconnues. Nous l’avons déjà évoqué, le Sangria pêche par son plan de pont. Son petit cockpit n’a pas été imaginé pour faire du rappel sur les hiloires. L’on éprouve quelques difficultés à se déplacer de chaque côté du rouf d’autant que ce dernier n’offre aucune main courante.A contrario, voilà un bateau où la plage avant n’usurpe pas son titre. Elle est immense et parfaitement libre. En 1970, le Sangria était l’archétype du bateau de croisière.  Plus de 30 ans après, il n’a rien perdu de cette image qui explique en partie un succès qui n’est jamais démenti.

Apprenez à le reconnaitre

Sorti en 1970, le Sangria a non seulement bénéficié d’une très longue carrière (12 ans) mais également connu de nombreuses améliorations.  Ainsi, à l’époque de son lancement, sa quille est équipée d’un bulbe remplacé en 1975 par un lest à bords d’attaque et de fuite inclinés et parallèles.  C’est d’ailleurs ce type de lest qui équipe Pen’ Hoat.  C’est en 1980 que sort une nouvelle version du Sangria baptisée NV et proposée avec deux tirants d’eau : 1,25 m et 1,50 m. Plusieurs points permettent de l’identifier. Elle se caractérise par l’addition d’un rail de fargue ajouré en aluminium, le déplacement de la barre d’écoute désormais fixée sur le bridge deck, des hiloires de cockpit relevés de quelques centimètres, l’encastrement du capot du coqueron arrière, le montage du coffre à mouillage sur charnière. En 1982, le Sangria laisse sa place au Fantasia, toujours dessiné par Philippe Harlé et construit à 1.800 exemplaires.

Il n’y a pas d’âge pour débuter
Il n’y a pas d’âge pour faire ses premiers pas. C’est franchi le cap de la cinquantaine que Jean-Claude s’est mis au bateau à voiles après s’être essayé pendant trois années au bateau à moteur. Ce Sangria, mis en vente du côté de Vannes, c’est sur Internet qu’il le découvre et, sans même le sortir de l’eau, conclut l’affaire. II faut dire que Pen’ Hoat est dans un super état, ce qui n’empêche pas Jean-Claude de procéder, durant l’hiver 2001, à un certain nombre de travaux tels que la sortie du moteur, le remplacement des silent‑blocks, la dépose de la ligne d’arbre, le changement du presse‑étoupe. Sans oublier la refonte de tout le circuit électrique. Si Jean‑Claude revend son Sangria à la fin de l’été, c’est pour un bateau offrant plus de confort, un Espace 800 par exemple.

Les mots pour le dire…
Recouvrement: ll exprime le rôle joué respectivement par le génois et la grand voile. On parle d’un génois à grand recouvrement lorsque sa partie arrière « recouvre » généreusement la grand‑voile. Plus la bordure du génois est grande, plus important est le recouvrement.

Œuvres vives : définissent toutes les parties immergées de la coque, y compris les appendices (lest et safran).
Gréement courant : par opposition au gréement dormant, définit toutes les manœuvres non taxes (drisses, etc.).

En 1970, la plaisance est à un tournant. Elle va connaître,
avec l’arrivée du Sangria, un formidable bond en avant.

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